A la réception de l’hôtel, il était neuf heures du matin, quand j’ai présenté mes papiers d’identité pour enregistrer une chambre, jusqu’à ce que le réceptionniste, en lisant mon nom, me demanda si j’étais bien celui qui écrivait dans tel journal. Je lui ai répondu que oui, et naturellement j’avais peur qu’il me refuse la chambre ou me chasse à coups de gifles, vu que j’ai passé à la serpillère la moitié du pays en critiquant tout ce qui bougeait. C’est alors que ce gentil monsieur s’est mit dans toutes ses états en me disant qu’il était l’un de mes fans et qu’il aimait ce que je racontais et qu’il trouvait mes histoires passionnantes, amusantes et très drôles – ce dernier adjectif, il ne l’a pas dit, mais comme c’est le cas, alors que l’ai ajouté en son nom!- L’idée que je sois connu, et plus bizarrement encore, apprécié, ne m’est jamais traversée l’esprit juste en gribouillant quelques nouvelles sur les colonnes d’un journal qui paie très mal.
On a alors très bien discuté avec le jeune réceptionniste, tout ça sous le regard fier de ma compagne qui m’accompagnait évidemment. Je lui ai demandé de me prendre en photo avec ce fan, et comme je sais qu’on ne croira jamais que j’en ai un, je lui ai demandé de mettre ça sur papier un peu comme une déclaration sur l’honneur qui me servira de preuve par la suite. Il en a ri à cette et disait apprécier mon sens de l’humour, alors que jamais je n’étais aussi sérieux. Avant de se quitter le jeune homme me demanda une signature, c’est vrais que je ne savais pas trop comment faire un autographe, mais je m’en suis débrouiller pour en faire un très réussis. Quand j’ai remis la feuille au réceptionniste, il me regarda la feuille avec un air gêné et me dit : « j’apprécie, Monsieur, que vous m’ayez fait un autographe, c’est un honneur, mais cette feuille était celle de l’hôtel, pour les formalités, vous savez. »
Je ne saurais vous décrire ma honte à cet instant, j’aurais souhaité que la terre s’ouvre et m’engloutisse. Ce n’est que par la suite que j’ai accepté l’idée que je ne sois connu, j’étais encore jeunes à cette époque. Ceux qui aspirent à une notoriété précoce, celle-ci sera éphémère sans succès. A chaque fois que je quittais ma chambre, pour revenir à ma mésaventure, j’évitais le regard de ce réceptionniste, qui semblait être plus gêné que moi, chose que je comprends parfaitement, puisqu’il m’a induit en erreur en déclarant être un fan et me demande une signature juste après. Qui n’aurait pas tombé dans une confusion pareille. C’est un peu comme une femme qui fait des compliments à un homme, ce dernier se dira automatiquement qu’elle en est amoureuse. Et si elle tend la main pour le saluer alors c’est un baiser qu’elle aura. C’est presque la même chose avec le réceptionniste, disant que j’ai embrassé trop tôt ma gloire. Il aurait du préciser signature et pas une autographe.
Mais maintenant que j’ pense, et entre nous, il n’a jamais prononcé le mot autographe. Oui, il ne l’a jamais prononcé, mais comme ça trottait dans ma tête j’ai du l’entendre.
DEHANE Zakaria
( une suite peut-être aura lieu Nchallah)
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